19 janvier 2009

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12 janvier 2009

And now, ARANDI !

Hello to you all


my first post of the year will also be my last one on this platform. This blog is now over.

You can find all the articles, and the new ones of course, on a new website, more organized, with more photos, more english translations... but always a focus on social and IT entrepreneurship in India.

The new name of the website is indian-like, research and development-like ! Go to ARANDI

Headbg

22 décembre 2008

Bonne année, avec Stellae !

Un peu en avance sur le calendrier, je vous souhaite à tous une bonne année et un joyeux Noël ! Je pars pour quelques jours de congés au Kerala et au Tamil Nadu, et serais loin de tout poste informatique pendant 10 jours !

A mon retour, ce blog sera anglais, décoré, organisé, mais toujours focalisé sur l'entrepreneuriat innovant et social en Inde !

Ma dernière note dans le format actuel est dédiée à une entrepreneuse franco-indienne, technologique, qui vient de réunir autour de la table des investisseuses françaises et des "business angels" indiens. Une manière de faire passer le message qui me tient à coeur : il n'y a pas toujours besoin de technologie pour innover ; il n'y a pas non plus toujours besoin d'afficher des objectifs sociaux pour créer des ponts intéressants entre les gens !

Et une touche d'optimisme pour les relations entre la France et l'Inde en 2009 !

 

*******************

L'histoire d’Aruna Schwartz est extraordinaire, exemplaire de ce que pourraient être les relations franco-indiennes en matière de soutien financiers aux PME de pointe.

Aruna est la CEO de Stelae Technologies, une start up créée en France en 2002 autour d’un logiciel qui permet d'analyser et de structurer des documents numériques à partir de technologies XML. Pour les lecteurs non-technophiles, imaginez juste que n’importe quel document puisse être traduit en un langage unique et « décrit » par des mots clés organisés, et laissez vous porter par le nombre d’applications possibles (numérisation des journaux, traitement de bases de données..). Stelae travaille aujourd’hui pour des clients comme Lagardère Active Média, Lexis Nexis, Wolters Kluwer, Editions Lefebvre Sarrut..., mais son « moteur » peut bien évidemment être « branché » sur des applications de gestion de la relation client, de gestion des flux de documentation, des moteurs de recherche, entre autres.

Keralaise d’origine, Aruna a depuis le début un pied en France, un autre aux Etats-Unis et les deux mains en Inde, pour y développer un réseau de sous traitants, de revendeurs (par exemple avec la société SRIT) et de clients. Déjà assez peu ordinaire et audacieux pour une start up ! Comme le décrit l’un des nouveaux investisseurs, « C'est une toute petite multinationale (…) C'est une position un peu difficile ! »

Difficile, surement, mais qui commence à porter ses fruits et qui s’est traduit par l’entrée au capital de Stellae d’investisseurs individuels français puis indiens. Un tour de table franco-indien pour une petite entreprise technologique, c’est une première dans l’histoire de l’humanité, n’ayons pas peur des mots !

L’histoire que nous « vendent » les investisseurs individuels, plus communément appelés « business angels », c’est la « chaleur » d’hommes et de femmes qui apportent à de petites entreprises de l’argent, des réseaux, de l’expérience. Plus rapide, plus bienveillant, plus intuitif, plus précoce que la mécanique lourde et « froide » des fonds de capital-risque. Pour les rendre plus efficaces, ils sont souvent organisés en réseau, qui repèrent, présentent et organisent la relation entre ces investisseurs et les start up. Mon expérience française m’amène à modérer un peu le propos (les business angels ne sont pas toujours aussi chaud qu’on le croit et les fonds pas toujours aussi froid qu’ils en ont la réputation !).

Dans cette histoire, cela dit, c’est bien le partage de valeurs humaines qui supporte la valorisation d’actifs !

Les premiers investisseurs à croire au projet d’Aruna, dès 2004, ont été des investisseuses, membres du réseau français Femmes Business Angels, présidé par Béatrice Jauffrineau. 4 femmes sont alors rentré au capital avec (j’imagine !) une triple motivation d’excitation entrepreneuriale, d’envie de promouvoir des femmes chefs d’entreprise technologique et de de croyance dans la cohérence et la différenciation du projet. Stellae est aujourd’hui l’un des 33 projets soutenus par ce réseau. Parallèlement, elle s’est attirée le soutien de tout ce que la France compte de partenaires de l’innovation (Oseo, Capital IT…)

Quelques années plus tard, c’est India Angel Network, l’un des réseaux de business angels les plus en vu en Inde, qui annonce l’entrée au capital de plusieurs de ses membres, dont Ranjit Shastri, le directeur général de l’IVCA (l’association des capitaux-risqueurs indiens), pour une centaine de milliers de dollar.

Stellae est le premier exemple d’investissement européen pour ce réseau d’environ 80 membres finançant des projets technologiques, majoritairement dans l’univers de l’internet.

Dans un article publié par 01Net, Aruna Schwartz explicite les raisons qui peuvent expliquer l’intérêt des investisseurs indiens dans son produit : « Les entreprises indiennes de sous-traitance emploient 100 000 personnes pour faire à la main le travail que fait notre logiciel de façon beaucoup plus sûre et moins coûteuse. Les investisseurs d'Indian Angel Network voient bien l'intérêt d'utiliser notre solution pour prendre du chiffre d'affaires à leurs concurrents. » Surement plus intéressant comme démarche que la dénonciation vaine de l’outsourcing supprimant des emplois en France !

Ranjit Shastri poursuit dans ce même papier : Sur le long terme, Stelae croit, en tout cas, dur comme fer à son avenir. « Notre produit a commencé avec les journaux et les bases de données de textes de loi, mais la mine d'or, c'est la numérisation des factures, qui sont saisies huit fois en moyenne. Le potentiel est énorme ! » »

Bilan des courses : un software français qui rend moins compétitif l’outsourcing indien, financé par des femmes d’entreprises françaises et des investisseurs indiens.

Si on raisonne en termes de probabilité, en multipliant la chance d’avoir une femme chef d’entreprise en France (20%) par la chance d’avoir une PME française présente en France et en Inde (disons 5%), que des femmes business angels s’y intéressent (elles sont moins de 3% des investisseuses selon Femmes Business Angels) et que des investisseurs indiens les rejoignent dans le tour de table, cette histoire n’aurait pas du exister. Mais c’est toute la magie de l’aventure entrepreneuriale que de rendre réelle des choses qui ne devraient raisonnablement pas arriver ! Je demande le prix Nobel de l’entreprise de l’année pour Aruna !

 

12 décembre 2008

Autopromotion

Les amis, va y avoir du changement en 2009 sur ce site. Préparez vous à découvrir quelque chose de plus organisé, de plus anglais, et de plus beau ! Et si vous vous sentez des envies de traducteurs, entrez dans la grande communauté 2.0 en train de rendre les anciens posts lisibles par les internautes indiens ! Manu, Elizabeth, Elisabeth, Hubert, Emilie... sont déjà dans la boucle. Grand merci à eux !

bon, ca c'est pour le teaser. Pour le marketing, je vous annonce que ce blog fait partie des 20% de site les plus consultés sur l'Inde. C'est pas moi qui le dit, c'est le classement d'Alexa, révélé par le toujours très bon, beau et décalé blog de Jonathan Vaslin (http://www.djoh.net/inde/?classement-des-sites-sur-l-inde-mis-jour). Tacyte est donc le 30eme site le plus visité sur l'Inde en France, le 3 millionème site le plus lu au monde (à ce niveau, je ne compte pas les centaines de milliers) ! Dans la mouvance pondichérienne, notons Actu Pondy (26eme) et Tout Pondi (23eme). Tres logiquement, Aujourd'hui l'Inde, meilleur site du monde à mes yeux sur l'actualité indienne arrive 5eme !

J'ai également découvert que j'arrive premier au classement google pour la recherche "prix billet + india" ! l'un des lecteurs hier en a été la victime et a du être déçu par le contenu de ce blog ! Les voies du google sont parfois impénétrables !

11 décembre 2008

Synthese d'octobre

2eme épisode de ma synthèse mensuelle. Qu’ais je fait ? de quoi a parlé www.tacyte.org ? qui est passé nous voir ? et diverses autres considérations… du mois d’octobre à Pondicherry !

 

Si je continue à prendre du retard comme ça, vous êtes bon pour n’en recevoir qu’une par trimestre.

 

Après tout, c’est peut être normal que j’espace ces « feedbacks » au fur et à mesure que mon projet avance !

 

D’une manière générale, j’ai constaté en côtoyant les créateurs d’entreprises français des phases de projet assez homogènes. Après une grosse ébullition initiale, tout feu tout flamme et dans toute les directions, très centrée autour du porteur du projet, commence une phase de focalisation sur quelques opportunités, un passage progressif de l’analyse en « largeur » vers la recherche en profondeur, une mobilisation de l’énergie destinée à faire aboutir les opportunités plutôt qu’à les accumuler, dans laquelle les premiers partenaires (stakeholders peut on aussi dire joliment) apparaissent.

Cette phase produit souvent un petit passage à vide souvent plus long qu’espéré au démarrage, clients et partenaires mettant toujours plus de temps à comprendre pourquoi le projet est si génial et n’étant pas bizarrement immédiatement convaincus qu’il est vital pour eux d’y souscrire.

Une fois ce « fossé » franchit, les entrepreneurs innovants en rencontrent souvent un autre, joliment appelé le « chiasm » par Geoffrey Moore, le temps d’éduquer le « gros » du marché à partir de ses premières références ! Après tout déroule, et au bout de 20 ans on se retrouve en train de perdre en 2 jours en Bourse ce qu’on avait accumulé dans sa start up. C’est y pas désespérant tout ça ? Raison de plus pour garder la foi et regarder loin devant, on ne sait jamais ce qu’on pourrait trouver trop près !

 

Plus concrètement dans mon cas, le mois d’octobre a été le dernier consacré à une recherche tout azimuts. J’ai la chance rare d’avoir pu consacrer 4 mois de ma vie à parcourir l’Inde à la recherche d’entrepreneurs innovants et sociaux tout en déjeunant quasiment tous les jours avec ma famille ! Dans mon « plan », j’avais prévu de glisser doucement à la fin de l’année vers un modèle économique plus rentable et vers des actions plus opérationnelles. Ca commence à arriver doucement, autour du soutien aux PME indiennes et françaises d’une part, de l’entrepreneuriat social d’autre part, et sur le plus long terme ! Je n’en dis pas beaucoup plus pour l’instant, pour laisser un peu de suspens et de news en décembre et parce que l’Inde, surtout par ici, impose un rythme qui n’est pas toujours aussi rapide que je le souhaiterais !

 

1) Qu'est ce que j'ai fait ?

Quand je suis parti en juillet en Inde suivre ma femme qui allait y enseigner la biologie, beaucoup m’ont demandé ce que j’allais y faire ! Faute de pouvoir encore fournir une réponse précise, je décris par le menu mes réalisations du mois. Que ceux qui y voient une cohérence m’écrivent, ça peut m’aider !

Voyages - En octobre, donc, j’ai voyagé sur Chennai 2 ou 3 fois et été découvrir la « grande ville », Delhi pour un séminaire passionnant sur le « digital divide », ou l’identification d’usage des nouvelles technologies pour les plus pauvres. Egalement l’occasion de participer au riche colloque de Planet Finance sur les nouvelles technologies et la microfinance. J’ai raté le TIE 2008, qui regroupait entrepreneurs, financiers et innovateurs du pays. Une belle ville, avec beaucoup de monde qui se croise. Assez loin de l’image du « Washington » indien que j’en avais !

J’ai avancé sur la recherche de partenaires avec qui nous pourrions monter une offre originale de soutien aux PME sur l’Inde du sud. L’idée d’un « lieu », centre d’affaires convivial et professionnel, fait son chemin ! Et mes rencontres avec des entrepreneurs sociaux m’amènent à peu à peu mieux me représenter la complexe cartographie de ce secteur en Inde. Depuis les démarches classiques de fonds sociaux finançant ou incubant des entreprises montées par ou au service des zones rurales jusqu’aux fondations soutenant les phases d’émergence du projet, voir offrant un salaire avant même que l’idée soit clairement exprimée ; ou brevetant des technologies inventées dans le monde rural. Sans parler de la mise en relation entre nouvelles technologies et monde rural. Peut être qu’un jour j’en serais un, d’entrepreneur social !

Nous avons également fait un très intéressant tour de l’Inde de la finance sociale avec mon ami Erwan Bothorel, qui venait ici réfléchir au développement asiatique d’INAISE (www.inaise.org) , association mondiale de la finance sociale.

Par ailleurs, j’assume dorénavant la fonction de correspondant d’ALZEA (www.alzea.org), association française qui aide des étudiants à trouver des stages en Inde. J’en profite pour remercier sa fondatrice, Christine Drevet, ancienne responsable des relations internationales à l’EM Lyon, pour sa confiance !

Et nous avançons au sein de Pondi Entrepreneurs sur la réalisation d’un annuaire des entrepreneurs sur Pondicherry.

 

2) De quoi que j'ai causé ? Les posts de www.tacyte.org

Le 14 octobre, nous avons fêté ensemble le 2000eme visiteur. Je ne voudrais pas passer pour un accro des chiffres et je doute que la qualité d’un blog se mesure à son audience mais tout de même, nous en sommes bientôt à 3000. Vu son éclectisme et son côté un peu « ardu », ça m’étonne toujours de voir que des gens lisent ce blog, consacré à l’entrepreneuriat indien sous toutes ses formes, depuis la start up rurale jusqu’à la PME IT !

Un petit détour « loisir » d’abord par le site de rencontre Shadi (post du 30 octobre) qui révèle quelques traits culturels sur l’Inde d’aujourd’hui ! A la frontière entre loisir et questionnement existentiel, la manière de s’insérer dans le trafic avec mon scooter a été l’occasion d’une introspection sur « le positionnement d’expatrié » le 6 octobre.

 

Plus sérieusement, j’ai essentiellement « raconté » en octobre les gens que j’ai rencontrés.

 

Alexis, de la Boulangerie, d’abord, dont l’histoire m’a fasciné et qui est aujourd’hui à la tête d’une très belle entreprise sociale sur Chennai (post du 9 octobre). Non content d’être un modèle de formation professionnelle au service des plus pauvres, il fournit aux classes moyennes et expats les meilleurs (uniques ?) macarons du sud de l’Inde ! J’ai assisté dans cette entreprise à la Pooja des machines, impressionnante cérémonie qui rend hommage au matériel de production.

 

Le lendemain (post du 10 octobre), je « m’attaquais » à Nachiket Mor, le charismatique et visionnaire fondateur de l’ICICI Fondation. Il a créé autour de lui un écosystème d’institutions qui organisent des chaînes de production dans pas moins de 14 secteurs pour « faire travailler le marché au service des plus pauvres ». Dans chacun de ces secteurs, un « Network Enterprise Fund » capte des fonds internationaux et les utilisent pour former, auditer, lier les acteurs d’une chaîne, depuis le distributeur final, en général acteur majeur du secteur, jusqu’au paysan au fond du tamil nadu. Ca va de « l’outsourcing » rural au textile, en passant par le tourisme et l’artisanat.

 

Le 15 octobre, c’est à une entrepreneuse indienne que je rendais hommage. Elle tente, avec une offre de traduction et de documentation pour les éditeurs de logiciels, que je vous engage à tester, de dégager un bénéfice qu’elle redistribue à la fondation que sa mère à montée pour soutenir les femmes seules.

 

Le 23 octobre, ceux d’entre vous qui ont les yeux et l’esprit bien accroché peuvent essayer d’aller au bout de mon long post rendant compte de la conférence de Delhi sur le « digital divide », organisée par le brillant Osama Manzar de la Digital Empowerment Foundation. Les amateurs de la FING, de la Cantine et du web 2 en général ne seront pas dépaysés. A minima, jetez un œil à la photo du moine bouddhiste devant son powerpoint sur la numérisation de textes bouddhistes. Ca fait une synthèse simple et fidèle !

Je n’ai pas encore fini le compte rendu de la conférence de Planet Finance sur les nouvelles technologies et la microfinance. Lidsay Clinton, très efficace rédactrice en chef de MicroFinance Insights en a fait une synthèse « live » pour les plus pressés sur  https://www.microfinanceinsights.com/comments_tab.asp?id=20. Les autres attendront novembre ou décembre, la livraison est en cours !

Malgré tout, le site MyC4 a été présenté et j’en ai rapidement rendu compte le 30 octobre, en émettant une réserve sur le niveau des taux proposé. Ca a donné lieu à plusieurs commentaires intéressants sur le sujet.

 

3) De quoi qu’ils causent ?

 

Il est à craindre que plusieurs millions de français (pour ne pas parler des autres cibles potentielles) n’ont même pas conscience que ce blog existe. Je les pardonne et suis sûr qu’ils trouvent des sources d’informations nettement plus qualifiées auprès d’autres blogs.

Pour les aider, et dans un geste symbolique très naturelle au 2.0eme siècle, je rends ici hommage à quelques ressources intéressantes que j’ai pu croiser autour de l’Inde en septembre :

-          http://djoh.net/annuaire d’abord, propose un annuaire des sites traitant de l’Inde, par un ancien étudiant français en Inde

-          http://www.aujourdhuilinde.com/ le meilleur site d’information à ce jour, politique, économique, culturel, sur l’Inde. Avec une revue des blogs dans laquelle j’espère figurer un de ces jours !

-          http://benoit.granger.micfin.eu/ le site de Benoit Granger, qui traite de microfinance en général et souvent de l’Inde en conséquence, une référence sur le sujet.

 

4) Qui est passé ?

 

Nous tenons au 102 Tillae Mestri à Pondicherry la première guesthouse 2.0 de l'histoire de l'humanité : c'est ouvert à tous les entrepreneurs et artistes de passage, le gite et le couvert sont offerts pour 10 jours, mais ils s'engagent à publier un billet sur leur expérience indienne sur ce blog ! Une quinzaine ont tenté l'expérience. Un seul a pour l'instant joué le jeu jusqu'au bout (cf le billet du 3 septembre) .C’est pas mieux en octobre ! Je dénonce les autres ci-dessous et espère surtout que cela pourra peu à peu jouer son rôle de lieu, physique ou virtuel, de rencontre entre innovateurs passionnés par l'Inde.

 

-          Pedro et Julie, 2 très bons amis français, avec qui nous avons tenté et réussi un Pondicherry-Chidanbarram mémorable en scooter

-          Sanjeev et Claire et leurs 2 enfants vivent à Bangalore et ont passé un week end « pre Diwali » avec nous ! Sanjeev est probablement l’un des consultants indien le plus connu et apprécié en France. Claire est en train de monter un centre de formation pour les enfants des rues sur Bangalore

-          Juliette, Nelly, Juliette, Xavier et Didier. La première Juliette en question est la cofondatrice de Anoop et Leontine dont je parlais sur mon blog avant de partir. Avec son associée Marianne de Dehli, elles développent une marque de vêtements pour enfants distribuée en France et fabriquée en Inde dans un style franco-indien du meilleur goût (anoop et leontine)

10 décembre 2008

Prakti, le design au service des zones rurales

Une preuve irréfutable que Pondicherry n’est pas un si petit village, c’est qu’après 4 mois ici, et pas mal d’énergie consacrée à repérer les entrepreneurs locaux, j’ai découvert cet après midi une petite pépite nichée juste au sud du « périphérique » de la ville, au rez de chaussée du 55 de la rue François Martin.

Jean-Michel Argouin, le consultant français le plus expérimenté et discret de la place, qui exerce en Inde depuis une quinzaine d’années dans tous les domaines techniques possibles, m’avait certes prévenu qu’il me mettait en contact avec des entrepreneurs originaux et dynamiques.

Et, de fait, le premier contact donne le ton. Dans une vingtaine de mètres carrés se côtoient cinq ou six modèles de fours domestiques, un entrepreneur marocain ayant fait sa carrière comme designer produit chez Motorola puis chez Abaqus pour le compte d’Intel ou de Boieng, un entrepreneur humanitaire français étant passé chez médecins sans frontières au Kosovo et en Ethiopie, une consultante coréenne spécialiste des associations, trois cuisiniers béta-testant à temps plein lesdits fours solaires… et beaucoup d’histoires qui mélangent l’humain et l’entreprise.

La première histoire c’est bien sûr celle de Prakti elle-même (www.praktidesign.com). Un projet né de la volonté de la fondation Shell de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre autour de projets concrets, dans le sud de l’Inde. Parce que le volume de CO2 rejeté par les fours à bois représente à peu près un tiers de celui rejeté par les véhicules, l’analyse et l’amélioration du rendement énergétique de ces fours dans le sud de l’Inde représentait un premier défi.

Défi relevé par Mouhsine Serrar qui en fait la première « brique » de sa mission : utiliser le design industriel de haut niveau pour rendre accessible au monde rural des produits de qualité, économique, sur une grande échelle. Mouhsine s’entoure alors d’une équipe et transfère les compétences classiques d’un cabinet de design à la « clientèle » des villageois : analyse des contraintes, groupes tests, recherche du meilleur coût… tout est fait pour coller aux besoins et spécificités du monde rural indien.

Sa cible ? ce segment de population suffisamment riche pour accéder à des biens de consommation mais pas assez pour intéresser les grandes compagnies. Une bonne centaine de millions de personnes parmi les 700 millions de ruraux indiens.

Son métier ? intervenir depuis l’idée jusqu’à la preuve de concept commercial, le test pilote grandeur nature sur de moyennes quantités.

Son champs ? infini, depuis l’Afrique jusqu’à l’Inde, les fours à bois jusqu’aux lampes LED. Mouhsine cherche à focaliser aujourd’hui son activité sur les fours à bois, qu’il a réussi à rendre plus économique, moins dangereux et surtout plus efficaces d’un point de vue thermique, mais son savoir faire le rend extrêmement séduisant pour tout ce que l’Inde compte d’entreprises cherchant à atteindre ce marché, traditionnellement qualifié de « Bottom of The Pyramid (BOP) » et d’organisations visant à identifier et commercialiser les innovations du monde rural.

 

Autour de Prakti Design « tournent » d’autres belles histoires. Celle d’avoir voulu se rendre indépendant d’une fondation, de rechercher un compromis subtile entre autofinancement, subventions et implication durable d’une équipe internationale.

Celle aussi de Aprovecho (www.aprovecho.net), fruit de la volonté d’une bande de hippies américains tentant l’aventure en Inde, réussissant (très) bien et se demandant alors quoi faire d’intelligent avec cet argent honnêtement gagné. Leur idée ? une ferme de 40 acres dans l’Oregon, lieu d’éducation pratique et de recherche appliqué. Pas très étonnant que ces deux projets fous joignent leur effort.

On sent chez l’équipe de Prakti l’amour, chevillé au corps, du « beau » produit, au sens du produit le plus adapté aux usages, au meilleur coût. Et la volonté, tenace, que cela serve au monde rural. Qu’il faille passer 2 ans à travailler sur une gamme de four, peu de bailleurs le comprennent, et peut rendre le projet compliqué à administrer d’un point de vue financier. Mais c’est tout l’intérêt de ces entrepreneurs sociaux que d’essayer de se frayer un chemin entre l’utopie et le cynisme.

06 décembre 2008

Pondipost - Les limites du microcredit

Dans son numéro d’octobre-novembre, Politis a eu l’excellente idée de publier un article de 2 pages de Jean-Michel Servet, professeur d’économie à Genève, qui a tenu un temps le laboratoire d’économie à l’Institut Français de Pondicherry (IFP).

Le gros intérêt de l’équipe de l’IFP, c’est qu’elle apporte un regard critique sur le microcrédit, à partir d’une méthodologie anthropologique et sociale, dans laquelle les chercheurs sont en général engagés « sur le terrain » auprès de leur sujet d’étude.

Les thèses de Jean-Michel sont amplement développés dans son dernier opus, Banquiers aux pieds nus (2006) et les plus mordus peuvent consulter les excellents papiers d’Isabelle Guerin sur l’esclavage par la dette, par exemple, dans la collection de l’IFP.

Pour ceux qui souhaitent une rapide introduction, le papier de Politis fait le tour en 2 pages des principales conditions à respecter pour que le microcrédit soit véritablement efficace dans sa lutte contre la pauvreté. On pourrait résumer l’argument par : le microcrédit est une activité qui doit consister à prêter aux pauvres pour un investissement productif qui trouve des débouchés solvables, avec un rendement supérieur au cout du prêt, pour des bénéficiaires qui ont des compétences managériales et techniques.

Facile à dire, pas facile à faire, bien sûr ! Et c’est l’intérêt de ce type de réflexion que de donner une « vision idéale » de laquelle on peut tenter de s’approcher, ainsi qu’une « force de rappel » contre les dérives naturelles de la microfinance.

La première condition, donc, est que les clients des institutions (IMF) appartiennent aux catégories dites "pauvres". Ca semble aller de soi, mais, pour grandir, les IMF sont tentés de prêter de plus en plus aux moins pauvres, accentuant dans ce cas les inégalités de revenu au lieu de les réduire. Par ailleurs, il est souvent délicat d’identifier qui sont vraiment les plus pauvres. Dans Outlook du 17 novembre, Neelabh Mishra, éditeur d’Outlook Hindi, revient sur la complexité des critères à mettre en place pour qualifier les plus pauvres (revenu, logement...). The Hindu du 14 novembre reprend aussi les difficultés du gouvernement de Pondicherry à distribuer des cartes de rationnement réservé aux plus pauvres. Un tiers d’entre elles seraient en fait détenues par des familles relativement aisées et un tiers des plus pauvres n’y auraient pas accès. Le Center for Microfinance utilise de son côté, dans le cadre de ses enquêtes, des méthodologies de type « peer to peer » : chaque famille qualifie ses voisins, en fonction de critères variés (a-t-il la télévision, mange t-il à sa faim…). Après plusieurs itérations et recoupements, ils estiment pouvoir arriver à une qualification satisfaisante de « qui est vraiment pauvre ».

La deuxième condition est que le prêt soit réellement utilisé pour accroître les capacités productives. Dans de nombreux cas, les petits crédits servent à "faire la soudure" sans investissement productif. "Cela permet aux personnes de disposer de meilleures conditions pour gérer leur budget, mais ne peut avoir un impact positif direct sur leurs activités génératrices de revenu"

Troisième condition est que l'investissement soit fait dans des secteurs pour lequel il existe une demande solvable. C’est l’un des sujets les plus discutés du moment ici, et les initiatives commencent à fleurir pour diversifier les productions artisanales et connecter plus efficacement micro-activités et marché national. Les démarches de commerce équitable pourraient avoir un rôle à jouer également.

La quatrième condition est que les bénéficiaires aient des capacités managériales et techniques. Effectivement, les équipes des IMF n’ont en général ni le temps ni la compétence pour apporter ce soutien. Il y a une « rupture » importante entre les professionnels du soutien aux entreprises et les professionnels de la microfinance. Beaucoup d’IMF en Inde sont nées comme prolongement à des activités sociales conduites par un tas de petites organisations rurales. Une excellente initiative qui donne au secteur un socle concret, mais qui conduit à des lacunes dans l’accompagnement « entrepreneurial » et « marketing ».

La cinquième condition est que le rendement des micro-activités soit supérieur à celui d'activités nécessitant plus de capital. Je vous la livre telle quelle pour ne pas trahir la pensée de Jean-Michel, mais j’ai plus de mal à l’interpréter !

La sixième condition est que le rendement de l'activité soit supérieur au coût du prêt. Ca parait là aussi être une évidence, et pourtant… Les activités agricoles rapportent rarement plus de 15%. La ponction financière des prêts induit une très faible rémunération du travail de la terre. Des ressources sont ainsi drainées des zones rurales vers des zones urbaines. Par ailleurs, le taux d’intérêt revêt une charge morale très forte et est souvent mis en avant comme l’alpha et l’omega d’une « bonne » ou d’une « mauvaise » pratique ! Pourtant, dans certains cas, les plus pauvres préfèrent les conditions souples et adaptées des moneylenders aux prêts, certes moins chers mais plus contraints, des IMF.

La septième condition est que les investissements réalisés grâce aux microprêts se traduisent par une dépense endogène qui provoque une demande de biens et de services produits localement, et non une importation. Par exemple, pour l'achat de médicaments, il y a amélioration de l'état sanitaire mais aussi exportation de ressources financières vers l'extérieur

La huitième condition est qu'il existe une insuffisance locale de ressources financières à investir, et par conséquent un besoin d'importation de capitaux. L'apport de fonds extérieur se substitue à la mobilisation de ressources locales. "Un grand nombre de pays dont le revenu par tête compte parmi les plus faibles de la planète connaissent une surliquidité bancaire". C’est l’un des apports majeurs de l’analyse de Jean-Michel pour moi, qui remet en cause l’idée que les plus pauvres soient systématiquement dans une situation de « manque ». Et dans le contexte réglementaire indien qui interdit aux IMF la collecte d’épargne, c’est un sujet particulièrement criant.

Au final, pas de raisons bien sûr de « jeter le bébé avec l’eau du bain » ! Mais une remise en cause du soi-disant « miracle » de la microfinance, et l’appel à une diversification des outils mis en œuvre. J’y rajoute une réflexion compliquée mais excitante sur le bon équilibre entre soutenabilité du modèle et prise en compte de critères d’efficacité « sociale ».

26 novembre 2008

Cinepondipost - et au loin coule une riviere... politique

En introduction à mon post "cinema" du jour, je ne résiste pas à la tentation de vous montrer deux photos prises hier soir dans les rues de Pondicherry par mon ami Srinath, chocolatier de son état, et qui a fait l'objet d'un post sur ce blog le mois dernier.

Le monde entier manque de liquidités, ici on en aurait plutôt trop, et l'économie, la vie pondichérienne est suspendue à la dépression qui s'est créé un peu au Sud. A rameshwaram, des vagues de 6 mètres ont causé des dégats importants sur la côte, à Chennnai, les serpents quittent leurs abris pour rejoindre les habitations ! A pondi, pour l'instant, ca se limite aux cafards et à des déplacements compliqués sinon impossibles et à quelques pannes de courant !

A few good men lifting up 2wheelers that were fallen and ALMOST not seen...


Suite et pas fin de mes posts cinématographiques. Comme chaque dimanche à 18 heures, j'ai assisté dans la salle de l'Alliance Française à un concentré de culture indienne sur grand écran. Les dimanches se suivent et ne se ressemblent pas. Hier, il faisait mouillé et quasiment froid sur la route !

J'ai en plus une raison supplémentaire de m'intéresser à cette programmation, après avoir rencontré le très dynamique nouveau directeur de cette Alliance, Michel Houdayer. Dans le fond, cette alliance a les moyens de devenir un lieu rare de rencontre entre initiatives culturelles, artistiques et économiques ; et sur la forme, ce blog est maintenant catalogué référence officielle de la programmation cinématographique (cf http://www.alliancefrancaisepondichery.com/liens.html).

Bref, hier, c'est une rivière bengale qui était à l'honneur, dans le beau premier film de Samir Chanda, Ek Nadir Galpo. Les relations entre les personnages, au début du film, sont déjà relativement inusuelles et donnent l'image d'une Inde qui avance : un père qui élève seul sa fille dans une zone rurale, qui croit au progrès et à la noblesse du service public, fusse t-il traduit par le courrier postal distribué à la population illétrée du district. Outlook s'était fait l'écho de ce phénomène nouveau en Inde de pères confrontés à l'éducation de leurs enfants, et la Poste indienne, comme en France, apparaît comme l'un des rares services à toucher le "last mile", le dernier kilomètre qui sépare les services modernes des habitants des zones les plus reculées.

Tout se passe bien, donc, dans ce village reculé du Bengale, la jeune fille est la première de son village à étudier au collège de la ville voisine. Elle y découvre le combat politique urbain, qu'elle regarde avec recul, préférant sensibliser ses compatriotes à l'éducation, la santé... plutôt que revendiquer en cortège devant le collège pour plus de moyens. C'est l'Inde de demain, celle où les enfants seront éduqués, sensibilisés, où l'Etat est un agent au service de ses administrés, non corrompu...

Mais tout s'écroule avec le décès de ladite jeune fille. Tout indique un meurtre précédé d'un viol, mais le père refuse cette interprétation. S'accrochant coute que coute à la thèse d'une mort par piqure de serpent, il laisse flotter le cadavre d'Arjuna sur la rivière du village, selon la tradition hindoue. Et plutôt que de porter plainte, il s'adresse au gouverneur du district pour donner à la rivière le nom de sa fille, Arjuna. L'espoir s'envole, une longue confrontation avec le gouvernement commence. Le père postier devient fou, passe ses journées au bord de l'eau à revivre l'enfance de sa fille disparue. Et le réalisateur esquisse subtilement quelques rapports de force politiques indiens : qui aura le droit de renommer la rivière ? la population musulmane acceptera-t-elle un nom hindoue ? comment convaincre les politiques ? s'attacher le soutien populaire ?... Un gouverneur de district professionnel et bienveillant, un inspecteur de police habile, et un père obstiné viendront à bout des obstacles et, dans une logique toute indienne, finiront par ne pas renommer officiellement la rivière mais par planter, ensemble, un panneau indiquant le nouveau nom.

Le site http://www.samirchanda.com/ regroupe un important ensemble d'informations et de photos sur ce réalisateur social, qui vient du monde de la peinture et du théâtre. Tale of a river, la version anglaise de Ek Nadir Galpo, "is a true visual symbolism of the painter and poet's soul of Samir Chanda".

Et, allez, une petite dernière pour la route !


There goes a brave autorickwala and my poor car was like STOP i've got enough water in here already....

N'oubliez pas une chose : je suis novice en cinéma indien et ce que j'écris n'est que le fruit de quelques recherches et impressions de spectateurs. Vrais amateurs éclairés, sentez vous libre de réagir et critiquer !

21 novembre 2008

Les telecoms en zone rurale, une opportunite indienne !

Les plus assidus d’entre vous auront certainement noté mon intérêt pour les relations que l’Inde sait organiser entre nouvelles technologies, marché de masse et zones rurales. Le monde des télécommunications mobiles en est l’un des aspects les plus fascinants.

Business India, dans son édition du 16 novembre, en fait une synthèse très complète, que je vous résume ci-dessous.

Le propos global, c’est qu’il y a aujourd’hui à peu près autant d’abonnés au mobile en Inde que d’habitants en Europe (300 millions, ou 30 crores pour commencer à vous exercer au calcul mental franco-indien). Mais alors qu’il avait fallu 14 ans aux opérateurs pour capter leurs 250 premiers millions de clients, il en faudra moins de 3 pour capter les 250 prochains. Le plus dur, c’est bien connu, ce sont les 250 premiers millions ! Et alors que la première « base » de clientèle est essentiellement urbaine, c’est dans les campagnes que se joue la passionnante recherche du relais de croissance des opérateurs.  Une étude de Ernst and Young et de la Chambre de Commerce et d’Industrie Indienne le précise : « parmi les 250 nouveaux utlisateurs de mobiles, environs 100 millions viendront de zones rural ».

65% des urbains sont déjà équipés et, comme en Europe, c’est autour des services à valeur ajoutée et de l’augmentation de l’ARPU que vont se concentrer les opérateurs. L’Inde est en train de vivre une grande foire à la licence 3G, dont l’éthique et l’efficacité sont un peu contestée et qui se traduit en pratique par l’absence de services pour le moment !

Côté villages, moins de 9% ont un mobile, et c’est à marché de masse qu’il s’agit de capter. Rappelons au passage que 6 indiens sur 10 habitent dans l’un des 600 000 villages (6 lakhs !) du pays. La chute vertigineuse du prix des communications rapproche le coût d’une minute mobile de celui d’une minute fixe et permet sa consommation même par les plus pauvres. L’arrivée de nombreux compétiteurs sur le marché du « handset » (l’appareil lui-même) va de son côté rendre possible l’achat individuel de terminaux.  La migration urbaine crée un besoin supplémentaire d’usage du mobile, et de nouveaux usages professionnels de « petits commerçants » voient le jour.

Un propos qui n’est pas sans rappeler les thèses maintenant assez populaires du BOP (Bottom of The Pyramid) : le « bas de la pyramide », qui est au dessus de la BPL (« below the poverty line », soit 2$ par jour environ) mais pas assez solvable pour être adressé « classiquement » par les MNC (multinationales companies). Je résume : les MNC cherchent des moyens innovants de s’attaques aux BOP qui sont au dessus de la BPL !

Dans le cadre du marché de la mobilité, les enjeux et les challenges à relever pour les opérateurs ne sont pas minces :

-          Le profil et les attentes de ces consommateurs ruraux n’ont rien à voir avec celui des urbains : ce marché attend des services qui ont un impact significatif sur leur vie, qui améliorent leur productivité. Pas question de « coverflow » ou de « sonneries » pour l’instant. Aucun doute que ça viendra, cela dit !

-          Le marché rural est extrêmement dispersé, et pose un problème phénoménal de logistique. Le coût d’installation des tours nécessaires pour couvrir efficacement ces zones est sans commune mesure avec le monde urbain, à forte densité de population. . Et ce sont des milliers de tours qui manquent aujourd’hui ! Les opérateurs nouveaux entrants, notamment, vont avoir un ticket d’entrée lourd à assumer et à amortir.

-          D’autant plus difficile à amortir que le revenu moyen par utilisateur (ARPU) sur cette cible sera extrêmement faible . Il est inférieur à 80rs en zone rurale (1,5€ avec un taux de change très favorable !). L’un des plus petits au monde (pensez à votre facture de mobile, et comparez !).

-          Et n’oublions pas le problème des langues et des dialectes

Au total, les experts estiment que là où 13 opérateurs pouvaient survivre en zone urbaine, 6 seulement seront capables d’absorber ce marché rural. La structure imaginable est composée d’un gros opérateurs captant 70% du marché rural, suivi d’un deuxième à 20% et un troisième à 10. Un marché de type « winner take all ». Les premiers entrants, ceux capables d’apporter de réels services au moindre coût, de supporter l’infrastructure, emporteront un gros gâteau. Les autres disparaîtront ! Les plus actifs pourront compter sur le soutien du gouvernement qui fait des réseaux mobiles l’un des services auxquels doivent avoir accès toutes les couches de la population.

Et n’oublions pas que, en Inde comme ailleurs, les marges des opérateurs restent confortables (45% d’EBITDA en moyenne) et que les licences 2G ont été acquises à des prix défiant toute concurrence (cela a même fait l’objet d’une polémique importante, certains revendant ces licences à 10 fois le prix un an plus tard !). Si les consommateurs ruraux augmentent leur niveau de vie et, en conséquence, leur revenu moyen dépensé sur des services mobiles, nul doute que beaucoup sauront tirer leur épingle du jeu.

Les manœuvres commencent ! Les 13 opérateurs indiens sont quasiment tous positionnés pour attaquer ce segment.

Bharti Airtel (mon préféré !), qui possède déjà un aboonné sur quatre en Inde, souhaite « devenir la marque la plus admirée dans le monde rural ». Sur ses 2,5 milliards de dollar d’investissement en 2008-2009, une grosse partie sera consacrée à l’amélioration de ses infrastructures rurales. Il couvre déjà 70% de la population et souhaite en couvrir plus de 90% en 2010. Il vient pour cela d’acquérir deux compagnies d’installation de tour, Indus et Infratech. Côté services, il s’est acoquiné avec l’IFFCO (Indian Farmers Fertiliser Cooperative) pour fournir des mobiles à faible coût et des services d’informations sur les techniques rurales, les aides gouvernementales, les prix ou les récoltes. Avec un service de renseignement sur n’importe quelle question dédié ! Côté distribution, enfin, Airtel envisage de plus que doubler ses revendeurs, pour atteindre 2 millions de détaillants en 2010. Un détaillant ici, c’est une échoppe dans la rue qui ajoute le panneau « Airtel » a sa devanture et qui vous recharge votre mobile en 10 secondes, sans aucune formalité administrative (c’est assez rare pour être souligné !)

Vodafone, autre grand acteur de poids, mondial, attaque le monde rural en le segmentant. Il privilégie une approche par « niche », en adressant les femmes, les étudiants, les fermiers… pour lesquels il fait l’hypothèse d’une proximité de besoin avec les segments urbains équivalents. Après tout, un fermier n’a pas besoin de son mobile que pour accéder à des cours de matière première. Il a aussi besoin de loisirs et « d’entertainment » ! L’approche commerciale ne serait donc pas spécifique aux zones urbaines, seul le réseau de distribution serait densifié

Reliance Communications, 3eme mamouth indien, vise une couverture quasi exhaustive de la population, grâce à un plan d’investissement de 1 miliard de dollar. Son approche commerciale est agressive : il propose un plan spécifique, Gaon Chalo qui permet d’accéder au mobile en zone rurale pour moitié moins cher qu’en ville (4€ la carte SIM). Côté services, il joue la carte de l’ouverture et lance un concours auquel 15 000 développeurs participent pour réaliser des applications mobiles innovantes dont, bien sûr, les zones rurales !

BSNL, enfin, la compagnie publique, est déjà bien implanté d’un point de vue logistique et commercial dans ces zones et s’attaque en priorité aux états de l’est de l’Inde. Ils envisagent l’installation d’un réseau Wimax au Bengal et peuvent compter sur leur image de compagnie d’Etat (eh oui, bizzarrement, malgré la corruption et l’inefficacité de l’administration d’un point de vue occidental, il semblerait que les compagnies d’Etat jouissent d’une bonne image de marque en Inde !)

 

L’enjeu est de taille. En 2012, les revenus tirés des services sur mobiles dépasseront37 milliards de dollar, avec plus de 700 millions d’abonnés estimés en 2012 !

Avec la télévision, le mobile est devenu l’un des « passe temps » préféré en Inde, loin devant Internet. Pendant quelques années encore, la voix restera l’application centrale. Mais avec l’apparition de la 3G en zone urbaine et la maturation du marché rural dans les années à venir, il y a fort à parier que les services à valeur ajoutée sur mobile ont un bel avenir ici. Ils représentent aujourd’hui moins de 15% des revenus des opérateurs, essentiellement tirés des SMS. Mais cette proportion pourrait plus que doubler. Certains imaginent même un scénario à « zero revenue » pour la voix, les opérateurs se finançant par la publicité et par des services à valeur ajoutée.

Une question demeure : comme pour la finance, fournir des services mobiles en zone rurale peut conduire au pire comme au meilleur ! Certains incubateurs ou associations s’appliquent à repérer et promouvoir des initiatives qui favorisent le développement rural par les nouvelles technologies. C’est le cas de la Digital Empowerment Foundation, dont j’ai déjà parlé le mois dernier, et de l’incubateur de l’IIT Madras, par exemple.

18 novembre 2008

Pondipost - et pourtant elle tourne

Si la crise financière a un rôle positif, c’est qu’elle amène à s’interroger sur les mécanismes financiers, qu’ils soient boursiers ou très locaux. France Inter en prenait sa part la semaine dernière, en consacrant un court sujet dans l’excellente émission « Et pourtant elle tourne », au lien entre crise financière et microcrédit (http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/etpourtantelletourne/ ) Au fond, dans une vision financière du sujet, le boulot des institutions de microfinance, ce n’est ni plus ni moins que d’acheter de l’argent en gros pour le redistribuer en détail. Le mouvement de ces dernières années, en Inde notamment, c’est que de plus en plus d’investisseurs et de banques se pressent pour prêter aux institutions, et qu’avec 300 millions de « pauvres », le poids du microcrédit dans l’économie devient considérable. Le reportage retenait SKS comme « symbole » de cette microfinance « commerciale », avec plus de 1500 bureaux, 3 millions de clients, 17 milliards de roupies d’encours. Pour Vipin Sharma, le directeur général de Access Dev, l’un des principaux offices d’évaluation et d’étude du secteur, basé à Delhi, le problème c’est que les banques sont aujourd’hui à la recherche d’investissement encore moins risqués que le microcrédit, qui génère pourtant des taux de remboursement tout à fait honorable. Le risque est moins un arrêt brusque de la microfinance qu’un ralentissement de sa croissance (40% par an en moyenne depuis 5 ans tout de même) et, en conséquence, une augmentation du montant moyen prêter pour limiter encore le risque. Dans ce contexte, les institutions de microfinance commerciales, qui fondaient leur développement sur l’intervention de fonds étrangers, seront plus touchées que les « humanitaires » (dont Interaides à Pune a été cité comme exemple). Un processus darwinien « d’assainissement » du microcrédit en Inde ? Ou une incitation à renforcer davantage la compétition entre institutions sur les cibles les plus « rentables » ?