Je viens de réchapper à un caillassage qui n'a finalement pas eu lieu !! Le chief minister de Pondicherry vient en effet de se faire "démissionner" par son propre parti (le Congrès) et en général, par ici, ça peut énerver un certain nombre de gens qui "expulsent" alors leur colère par le jet de pierre sur voiture ou rickshaw. La route entre Chennai et Pondicherry est parfois exposée, mais cette fois ci c'est passé !
Bref, ce n'est pas le sujet du jour. Aujourd'hui, le post va être aride, avec peu de chair et quelques chiffres. C'est juste pour donner quelques repères sur les microentrepreneurs en Inde. Et pour ceux qui ne veulent pas s'embêter, j'avance démasqué. Ce que je veux montrer (mais qui n'est qu'une intuition aujourd'hui), c'est qu'il existe aujourd'hui en Inde une population de petites entreprises mal servies à la fois par les organisations de microfinance, efficaces en dessous de 50 000Rs (750(e)) et pour des contenu à fort contenu social (santé, éducation...) et par les banques, qui ne savent pas adresser un marché à la recherche de moins de 500 000Rs (7500(e)) et qui ne peuvent surtout pas lui apporter un soutien de type entrepreneurial. Du coup, le marché est aujourd'hui essentiellement capté par des prêts informels (les fameux 3F : fools, friends and family) et quelques pionniers appatés par le gain, version "haut de gamme" des moneylenders dans les villages.
Je suppose que les start ups sont mieux loties, et quelques contacts initiés sur Bangalore me laissent penser que les incubateurs, business angels... existent aussi en Inde. Mais dans des proportions qui ont peu à voir avec les réseaux français ou, surtout, anglo saxons.
Les microentrepreneurs
Rahul J. Mittra, l’un des fondateurs de Margdarshak (Margdarshak.org.in) a réalisé au cours de ma formation de la semaine dernière au CMF une brillante synthèse sur la micro entreprise en Inde !
Il y a visiblement une « coupure » importante entre les activités des MFI (micro crédit, micro services financiers, soutien social de type éducation, santé, sur des populations pauvres et très pauvres) et le soutien aux microentreprises, qui réclament des prêts plus importants et un soutien d’une nature plus « technique », plus « entrepreneuriale ». Cette frontière est moins claire en France, en raison probablement du contexte socio-économique qui amène les organisations de « pure » microfinance à davantage focaliser leur action sur les aspects économiques du projet.
Attention aux statistiques !
En préalable, je vous recommande prendre avec de très très grosses pincettes les statistiques qui suivent. Tout d’abord, le dernier recensement exploitable en Inde remonte à 2001 ! Le nouveau a été réalisé en 2006, mais les données ne seront pas disponibles avant 2010 ! Ensuite, l’immense majorité des microentreprises ne sont pas immatriculées. Enfin, la définition officielle des microentreprises me paraît relativement inopérantes dans un contexte de « tertiarisation ».
Le TANSTIA (Tamil Nadu Small and Tiny Industries Association, c'est mignon je trouve Tiny Industries !) vient de lancer une enquête sur cette population, sur le Tamil Nadu, en lien avec les allemands. Mais que fait l'Agence Pour la Création d'Entreprises françaises, pourtant modèle du genre en matière de statistiques ?!
Un seul critère « officiel » : l’investissement en machines et terrains
Le MSMED Act (micro, small and medium enterprise developpement) de 2006 a en effet fait un effort pour homogénéiser les multiples définitions des tailles d’entreprise, et a imposé l’adoption du seul critère de l’investissement en machines et terrains (« plant and machinery »). Dans le domaine du service, les microentreprises sont donc des entreprises qui investissent moins de 100 000 roupies (25 000$ environs), les petites entreprises moins de 2M Rs (500 000$) et les moyennes moins de 5M (1,25M$). Dans le secteur manufacturier, les seuils sont de respectivement 65000$, 1,5M$ et 2,5M$.
Les microentreprises : qui sont elles ?
Sous ces critères, l’Inde compte un peu plus de 10 millions de micro entreprise. La moitié sont situées en zone rurale et, sans surprise, la part des entreprises de services augmente (près de la moitié en 2001), entraînant une réduction du nombre de salariés par entreprise (4 en 2001).
5 Etats (UP, AP, Maharastra, Tamil Nadu) regroupent la moitié des entreprises. Ces entreprises sont dirigées à 90% par des hommes
Un chiffre qui m’étonne : l’investissement moyen dans ces micro entreprises est de 3 300$, et chaque centaine de milliers de roupies investi génère 3 emplois.
La mortalité à 3 ans est de 35%.
Une entreprise sur 10 seulement est enregistrée et, pire, seules 3 sur 10 sont au courant des pratiques légales.
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