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29 août 2008

Le Pondipost du vendredi - microfinance - reactions

Après une semaine "théorique" enfermé dans une pièce à Chennai avec 30 professionnels de la microfinance, j'ai entamé une redescente en chute libre vers deux ONG de terrain, à Pondicherry (l'INDP) ou alentours (Bless, dans le district de Cuddalore, Tamil Nadu, à quelques kilomètres au sud).

Les 2 ONG intègrent une vision très sociale de leur activité et recherchent le développement "global" de leurs clients plutôt que l'économie d'échelle par le volume de prêts octroyé. Dans l'univers de la microfinance indienne, elles représentent un modèle "idéal", qui a ajouté à son action originelle (développement, éducation, santé, "conscientisation"...) une action de microfinancement des activités de ses "clients. On est loin des actions "industrielles" et des statistiques des très grands réseaux nationaux (SKS, SHARE...).

Les 2 ont donc adossé à leur ONG initial une structure dédiée à la microfinance (BRWD pour l'IRDP et VALAN pour BLESS). Elles sont également à la recherche d'une forme d'indépendance financière, rendue compliquée par la réglementation indienne sur la collecte de l'épargne. BRWD est en passe d'obtenir un régime spécifique qui lui permettra de proposer des services de micro épargne et VALAN est en train de réfléchir à un intéressant système d'implication de donateurs privés, personnes physiques, pour soutenir son activité.

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Benoit Granger, l'un des grands spécialistes français de la microfinance, et probablement le plus gros contributeur aux blogs, conférences, groupes de travail... que je connaisse sur ces sujets, a gentiment pris le temps de lire ce blog et a réagi à mon dernier papier. Je vous reproduit son commentaire ci-dessous et y apporte quelques commentaires

"oui, d'accord, mais ce n'est pas une raison pour confondre 2 choses différentes : - oui, la plupart des programmes de MC mis en place avec interventions des pouvoirs publics ont eu ces effets pervers, pas seulement en Inde : parce que les pouvoirs publics en question voulaient (bêtement) se substituer aux professionnels - mais laisser de purs banquiers investir ce créneau a, trop souvent, provoqué chez eux des reflexes pavloviens. les pauvres remboursent ? ça veut dire qu'ils peuvent rembourser plus ; et on leur a collé aussitot des taux d'interet élevés (plus élevés que le risque qu'ils représentaient, ce qu ieset déloyal) ; et on leur a collé en plus des procédures de recouvrement assez atroces --les suicides de paysans surendettés en Inde ne sont pas un mythe : ils ont été chiffrés ! - puis,avec les "lois du marché" comme seules règles, on a crée une suroffre artificielle qui a crée à son tour des effets pervers = beaucoup de prets, et pas d'accompagnement ; donc beaucoup d'échecs ! voilà ou on en est en Inde aujourd'hui, en gros"

ca me parait bien vu, je rajouterai juste que ma première impression est que justement les pouvoirs publics indiens ont deux formes d'intervention : la première est une intervention directe, toujours croissante. Je continue à être surpris de la régularité avec laquelle les quotidiens ici rendent compte de nouvelles dotations, sous forme de subvention ou de prêts bonifiés, aux "self help groups".  Ce type d'intervention est souvent relativement inneficace, parfois pilotée par des visées politique, et en général perçue par les bénéficiaires comme un don pur et simple. Mais les pouvoirs publics interviennent aussi pour "construire" le marché et articuler les ONG, les banques et les groupes de bénéficiaires. Dans ce cadre, et même si tout n'est évidemment pas parfait, la répartition des rôles entre des banques qui disposent de fonds et d'une chaîne de back office et des ONG qui interviennent en proximité et sur des actions de suivi parfois lourd des bénéficiaires, me parait sinon exemplaire du moins original dans le modèle indien.

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Commentaires

tu s raison l'ami (sauf sur "l'un des plus grands spécialistes français ... ! !); mais équilibrer l'ensemble, comme tu le suggères, coûte cher et demande des efforts de créativité que les IMF "sous pression" n'ont plus les moyens de faire !

C'est ma crainte essentielle dans l'évolution actuelle de la MF : que l'intrusion désordonnée d'investisseurs (assez incultes, dans l'ensemble : assez monomaniaques sur "c'est profitable" versus "c'est pas profitable")ne perturbe ces équilibres fragiles.

A cet égard, je te recommande les débats actuels, pour l'essentiel en Anglais, sur les suites du scandale Compartamos au Mexique. Cette affaire est vraiment la cristallisation des menaces qui pèsent sur la MF.

cela dit, je viens d'apprendre qu'une université américaine a été missionnée pour faire une étude d'évaluation sur les client(e)s de Compartamos. Attendons de voir qui a enrichi qui : les actionnaires ou les clients !

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