Aux USA, ils ont Bill Gates, heureux entrepreneur fortune qui décide de consacrer la deuxième partie de sa vie à utiliser intelligemment sa fortune au service des plus pauvres. N’en déplaise aux afficionados de l’open source, que l’on trouve jusqu’à Pondicherry, Microsoft n’accouche donc pas que de bugs ou d’une vision hégémonique du monde.
L’Inde ne manque pas de ces fabuleux entrepreneurs qui se retirent avant l’heure pour promouvoir les femmes, les enfants, ou les initiatives économiques au service de leur pays. C’est même un trait distinctif du capitalisme indien, cette confusion entre famille et entreprise, cette volonté de réussir aussi dans une perspective de développement social.
Nadathur S. Raghavan , l'un des fondateurs d’Infosys, est l’un d’entre eux. Il a quitté Infosys en 2000 et utilisé son image, son réseau, ses compétences et sa fortune pour lancer à Bangalore un incubateur au sein de l’institut de management de Bangalore (NSRCEL à l'IIMB, www.nsrcel.org) et un fonds de capital risque dédié aux jeunes start up de l’internet et des télécoms, OJAS. Rappelons nous aussi que Tata avait à l’époque créé le Taj Hotel de Mumbai pour que les anglais ne soient plus les seuls à profiter de l’hôtellerie de luxe.
J’en reparlerai surement un de ces jours, mais je préfère zoomer aujourd’hui sur une autre personnalité, nettement moins connue, et qui fait un peu le parcours inverse.
Cette jeune femme, appelons là Billesh en hommage à son illustre mentor, est la fille d’une « deserted » women. Autrement dit, après un mariage arrangé, cette femme a quitté son mari, qui la brutalisait. Elle a pris la décision courageuse de partir avec ses 3 enfants et de changer de ville. Courageux effectivement, quand on sait qu’à partir de ce moment là, elle a perdu tout soutien de ses proches, y compris de ses frères et sœurs et que, bien évidemment, il n’était pas question de recevoir quelques subsides que ce soit de son ancien mari. Pas question non plus d’espérer retrouver un travail ou même un logement. En arrivant sur Chennai, elle n’a d’autres solutions que de placer ses enfants dans un orphelinat.
L’histoire devient moins noire et plus « entrepreneuriale » au moment où elle suit une formation de tailleur. A force de travail, elle devient elle-même formatrice et retrouve un peu d’aisance financière (5€ par mois).
Une quinzaine d’années après, que s’est il passé ? Cette femme a monté une ONG qui soutient les femmes qui rencontrent les mêmes difficultés, les forment, leur fait rencontrer des médecins, leur procure un peu de financement… Et, c’est là ou je voulais en venir, sa fille l’appuie dans sa démarche.
Sa fille, je l’ai rencontré dans l’un de ces nombreux regroupements informels de start ups. On a longtemps discuté ensemble de son entreprise, de son développement commercial, et je m’attendais ce midi à avoir de nouveau un déjeuner « de travail ». Sa mère était là et j’ai alors découvert son histoire. J’ai aussi découvert que la raison d’être de sa petite entreprise d’IT, c’était de dégager suffisamment de bénéfices pour financer l’activité sociale de sa mère. On dit souvent qu’un facteur clé de succès de la réussite d’une PME, c’est que les entrepreneurs ont faim ! Si cette théorie est fondée, je conseille à chacun d’investir quelques euros dans l’activité de Billesh !
Il est par ailleurs surprenant de voir à quel point le gouvernement joue un rôle dans l’impulsion de politiques publiques d’une ampleur fascinante (personne à moins de 10km d’une banque ; personne privée d’électricité…) sans toujours doter en fonds les ONG qui participent à y contribuer. Le secteur privé, entreprises comme particuliers, est une source fondamentale de soutien, et le partenariat public/privé prend ici tout son sens.
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