Pondipost du mercredi (et du vendredi) - Manthan Awards et Digital divide
La fing a delhi !
A la fin du mois d’octobre, l’Inde prévoit de faire décoller son premier satellite lunaire. Il embarquera du matériel européen et américain, et sera placé en orbite autour de la lune. D’ici 10 ans, elle prévoit d’envoyer un indien en orbite et de marcher sur la lune en 2025 ! Mais la vraie révolution est ailleurs. 300 millions d’indiens ont aujourd’hui dans leur poche un appareil dont les capacités de calcul dépassent celles de la NASA au moment où le premier américain a marché sur al lune ! Et ils sont 10 millions de plus chaque mois !!
C’est au fond ce qui ressort du World Summit Award organisé par la Digital Emporwent Foundation du 16 au 18 octobre à New Delhi. Quelques éléments de contexte avant de passer aux expériences présentées et à quelques conclusions hâtives ! Le passage qui va suivre contient quelques private jokes. Pour ceux qui fréquentent le passage des Panoramas à Paris, ça ne devrait pas être trop difficile de comprendre. Pour les autres, prenez la première à droite dans le passage, rentrez dans « la Cantine » et de toute manière vous n’aurez pas perdu votre temps, ce lieu regroupe les plus belles initiatives d’ébullition autour des nouvelles technologies dans la capitale ! Alors, fermez les yeux et faîtes l’effort mental de vous transporter à Delhi. Pas très difficile, ce n’est pas le coin d’Inde le plus dépaysant, les routes sont encombrées de voitures, pas de vaches ni de vélos et vous êtes dans la capitale de l’Inde, plus Washington que New-York mais avec ses deux parties « traditionnelles » en Inde, la ville indienne grouillante et commerciale et les longues artères des anciens quartiers coloniaux, où sont regroupés les ambassades et lieux de pouvoir. C’est dans cette deuxième partie que se situe le NCUI, le centre des coopératives indiennes, une forme de Maison des Metallos, avec de grands halls d’exposition dans lesquels plusieurs initiatives venaient se présenter, sur le modèle du 100eme carrefour des possibles au ministère de la recherche en juin ! Imaginez maintenant Denis Pansu avec une grande barbe et une tenue traditionnelle indienne, Marie Vorgan à sa gauche en sari et avec de grosses lunettes pour animer l’atelier. Remplacez l’assistance geek de Paris, moitié jean décontracté moitié costume relax car arrivé tard du boulot, par un moine bouddhiste en tenue traditionnelle rouge, des sikhs à turban, des bengladis, des start upers indiens, le représentant de Ebay en Inde… et vous y êtes, dans le workshop « ICT et entrepreneuriat social » du samedi 18 octobre au matin. Ah oui, j’ai oublié de vous dire, il faut remplacer ici les 35 heures par une semaine qui démarre le lundi matin tôt et qui se termine le samedi soir ! Après, c’est comme au Carrefour des Possibles : pendant deux jours, au travers d’ateliers thématiques, une vingtaine d’orateurs se relaie au micro pour expliquer son projet et démontrer en quoi sa belle nouvelle technologie a servi le développement social d’un village, l’amélioration des conditions de vie, l’accessibilité culturelle… Ca finit par un prix donné au meilleur d’entre eux, mais à part ça, c’est vraiment l’ambiance « carrefour » : bienveillance de rigueur, présentation centrée sur les usages, réactions de l’assistance, stands dehors pour prolonger la discussion, éclectisme des projets… Tout ça organisé par une espèce de consortium difficile à décrire, un réseau « flou » et informel qui consacre sa vie au repérage d’innovations dans le monde rural, et à leur transformation en projets économiques. Il se préoccupe aussi des initiatives de transfert des nouvelles technologies de l’information vers l’entrepreneuriat social et les plus pauvres des villages indiens. Je vous avais déjà parlé dans un post précédent des open coffee de Chennai, Mumbai et Bangalore. Quelques incubateurs se préoccupent de soutenir les start ups indiennes, mais j’étais loin d’imaginer qu’il existait déjà ici, et avec quelle ambition, une genre de Cantino-Fingo-Incubato-Scientipolo-Openo-Network ! Au centre de ce réseau émergent deux fortes figures. En premier lieu, Osama Mansar, responsable de la Digital Empowerment Foundation et rédacteur du très bon rapport. Ensuite, le professeur Anil Gupta, de l’Indian Institute of Management de Ahmedabad, est l’un des animateurs de la National Innovative Foundation et le créateur d’une base de données qui recense les innovations dans le monde rural . A l’intérieur, la National Innovation Fondation semblent jouer un rôle clé. Et tout autour, un réseau informel porte le très joli nom de Honey Bee, symbolisant le rôle de « butinage » des initiatives qui seront ensuite propagées à travers toute l’Inde. Ces sites présentent des vidéos assez exemplaires d’innovations surgies en zone rurale. Leur « killer app », c’est l’histoire d’un paysan qui doit attendre le bac tous les jours pour retrouver sa bien aimée après son travail sur la rive d’en face. De ce besoin lui est née l’idée d’inventer un vélo amphibie, avec des flotteurs intégrés ! Assez marquant, indeed ! Je n’ai assisté qu’à l’un des six workshop, et certaines expériences présentées méritent d’être relayées : Trouver de nouveaux moyens de diffusion - La digitalisation des Pnasiya Panas Jathaka par le vénérable Ellawala Vijithananda au Sri Lanka, pour simplifier et rendre plus économique l’accès à ces textes majeurs du Bouddhisme. Sur un créneau très différent, Shashi Singh a constaté que les deux tiers des internautes étaient urbains et que 70% d’entre eux préféraient lire des informations dans leur lange. Il est à l’origine du premier podcasting en langue hindi, podbharti.com. Simplifier l’accès - Masum Billah a fait l’effort colossal de regrouper dans une seule base de données des informations utiles pour les populations illettrées. Il entoure cette base on line d’un intelligent système de « call center » géré par des femmes et de « mobile ladies » qui passent de maisons en maisons pour permettre l’interrogation de la base à distance, pour 3 roupies. De la même manière, l’ONG Hand in Hand, l’une des grosses institutions de microfinance indienne, basée dans le Tamil Nadu, a suscité la création de Citizen Center qui regroupent des PC connectés et des informations utiles pour les micro entrepreneurs Les médias communautaires – Akhil a créé une télévision communautaire, Akhiltv.com, sur laquelle il broadcaste des interviews ou des reportages sur des « gens de la rue » et les montre, on line ou off line, aux « gens des campagnes » (et vice versa !) pour que les uns et les autres se rencontrent. Cette initiative fait écho aux multiples radios communautaires qui visent aussi en général la production de contenu par les populations déshéritées. Il n’en est pas encore à gagner sa vie avec ça, mais il pense à une duplication ailleurs en Inde ou dans le monde ! Mais, au bout du compte, j’en ressors un peu frustré. L’Inde est un pays très mal connecté à Internet et, au bout du compte, les expériences qui ont pour support un PC sont assez peu innovantes. N’oublions pas que l’Inde s’est ouverte en 1991, au moment où le standard Web s’imposait sur le réseau et faisait entrer Internet dans sa phase ergonomique et grand public. Ce problème d’accès a été assez peu évoqué, et il est difficile de savoir si le wifi ou le wimax parviendront un jour à faire entrer l’Inde dans une économie Internet développée. Il est beaucoup plus probable que l’Inde est en train de passer directement à la révolution mobile. L’incontournable Mohamad Yunus a déjà converti les populations pauvres du Bangladesh à l’usage du mobile. Un phénomène semblable est en train de se dérouler en Inde. En introduisant le téléphone mobile comme moyen de générer un petit revenu supplémentaire pour les femmes (Grameen Phone), de connaître en temps réel le prix de marché des produits agricoles pour en optimiser la vente ( ), de rembourser les micro crédits octroyés (FINO)… les ONG et les start ups sont en train « d’éduquer » un marché potentiel de plusieurs centaines de millions de personnes à de nouveaux usages pour lesquels l’accès n’est aujourd’hui pas un problème. Des chiffres officieux indiquent que le traffic wap est déjà supérieur au traffic web en Inde. Et le taux de pénétration des mobiles ne cesse d’augmenter. La minute de consommation reste très peu chère, y compris au regard du pouvoir d’achat local. Et ce n’est pas la récente augmentation du prix de la licence qui y changera quelque chose, la compétition étant amené à se durcir avec l’arrivée de 5 nouveaux opérateurs. En revanche, l’ARPU, c'est-à-dire le revenu moyen que génère chaque utilisateur à un opérateur téléphonique, est l’un des plus faibles du monde, ce qui amènera les opérateurs à rechercher de nouveaux services à valeur ajoutée. Dans ce contexte, l’Inde semble prête à affronter une réflexion passionnante sur l’introduction de services à valeur ajoutée pour servir le développement de ses villages les plus pauvres. La réflexion sur un modèle économique qui permette à la fois de garantir une rentabilité aux éditeurs et aux opérateurs mais qui n’empêche pas son appropriation par les plus pauvres, ne sera pas la moindre des questions ! Un autre élément doit être souligné et peut accélérer l’introduction des services sur mobiles. La quasi intégralité des expériences présentées ont bénéficié du soutien de bailleurs publics mais aussi de grands comptes. Microsoft, Infosys et la fondation Wipro ont été beaucoup cités, et le nombre de patrons de grands groupes indiens qui cherchent à doubler leur réussite économique par un impact social est impressionnant !
Très intéressant encore une fois :) Bravo pour cet article !
Décidemment, je suis impressionné devant la quantité d'informations que tu brasses et que tu synthétises dans ce monde passionnant qu'est, allez, faisons l'amalgame général, l'entrepreneuriat social.
N'hésite pas à me dire si tu as des dispos à partir de jeudi prochain, je serai skypopérationnel...
Damien de Babyloan
Rédigé par: Damien | 24 octobre 2008 at 19:30