Je pense très sérieusement à ouvrir une catégorie "cinéma indien" sur ce blog. Ce ne sera jamais au niveau du blog de François da Silva sur Rue 89 (http://www.rue89.com/bobines-dinde/journal-dun-festivalier-en-inde-le-pays-ou-le-cinema-est-roi) qui rapporte quelques faits bruts et impressions passionantes de producteur en visite à l'Osian Cinefan, le plus grand festival indien de cinéma. Je vous livre ses premières lignes, juste pour vous donner envie de visiter :
"Quelques chiffres signifiants, voire épuisants : le PIB de l'Inde en 2007, c'est 1 090 milliards de dollars, celui des Etats-Unis 13 794 milliards de dollars, celui de la France 2 541 milliards de dollars. Et les entrées de cinéma pour la même année 2007 sont respectivement de 3 997 millions, 1 400 millions, 177 millions. Allez, je vous donne la Chine pour comparer, le PIB 2007, c'est 3 249 milliards (soit le niveau de l'Allemagne) pour... 176 millions d'entrées cinéma estimées. Trop de chiffres tuent l'attention, n'est ce pas ? Alors je vous le fait différemment : les Etats-Unis sont bien la première puissance économique mondiale, mais sur le nombre d'entrées de cinéma, c'est quatre fois moins que l'Inde. Certes, avec un pris moyen du billet peu comparable, soit 0,40 dollar en Inde pour 4,50 dollars aux Etats-Unis. "
Me concernant, j'ai encore une fois été séduit par la programmation de l'Alliance Française.J'avais bien sur adoré regarder le DVD de Doom 2 avec mes filles la semaine dernière. Du grand Bollywood, de l'action et des danses, miss monde en prime. Mais j'ai quand même un faible pour "l'autre" cinéma indien. Au programme ce soir, donc, Let the Wind Blow, coproduction franco-indienne, primé à Berlin en 2004, de Pahrto Sen Gupta, un jeune (43 ans !) réalisateur de Bombay qui a vécu u
n temps à Paris.
Comme la plupart des films "alternatifs", Let the Wind Blow (Hava Anney Dey) questionne la société indienne contemporaine. Il le fait au travers de l'histoire de 2 jeunes garçons, "lower middle class" de Bombay, qui interrogent le fameux mythe indien de la fatalité et de la réincarnation, dans le cadre du conflit Indo-Pakistanais.
L'une des hypothèses classiquement posée est en effet que le contrôle social de la population indienne repose sur l'intérorisation par tous que la vie ne s'arrête pas avec la mort, que le destin de notre vie présente est le fruit des actions réalisées dans nos vies antérieures... Bref, qu'il est prudent d'agir en fonction de notre situation sociale acquise à la naissance, en recherchant le meilleur pour soi et pour les autres, mais sans s'offusquer outre mesure des inégalités de classe ou de revenus. Une des explications plausibles à l'absence de révolution majeure en Inde face aux différences criantes et croissantes entre les différentes parties de la population.
Ce n'est pas l'opinion de Charbia, jeune mécano des banlieues de Bombay, qui veut croire et faire croire à ses amis qu'il est maître de son destin, qu'il peut changer sa vie. Avec son ami Arjun, ils naviguent comme ils peuvent, toujours à la lisière du milieu des "riches" et insouciantes jeunes filles du centre ville. L'issue pour Charbia, comme pour d'autres, n'est plus en Inde, mais à Dubai, où il décide enfin de partir à dix minutes de la fin du film.
Incidemment, le film évoque les tensions entre musulmans et hindous, sous un fond de politique-fiction dans laquelle l'Inde et le Pakistan sont dotés de l'arme nucléaire. Le sujet est d'actualité, quelques jours après que des fanatiques hindous doublés de nationalistes maharastriens aient mollestés des candidats du nord de l'Inde venus passer des examens à Bombay. Un rappel tragique de ce qui attendaient les indiens du sud il y a vingt ans quand ils tentaient de s'intégrer à Bombay. Dans le film, l'issue est encore plus dramatique, puisqu'au moment où Charbia s'apprête à démontrer à tous, public compris, qu'il est possible de déjouer son destin et de prendre en main sa vie, la télévision annonce que l'Inde et le Pakistan ont déclenché un tir atomique l'un contre l'autre, et que les populations de leurs capitales devraient être anhiliés d'ici 32 minutes. Une manière de boucler la boucle.
Surement beaucoup moins drôle que Doom 2, mais instructif et aussi scotchant !
Plus d'infos, plus précises et plus complètes sur http://en.wikipedia.org/wiki/Hava_Aney_Dey !
Plus ça va plus je découvre une Inde dont j'ignore tout. Le cinéma me semble une approche formidable. J'espère que vous nous ferez profiter de vos découvertes à notre prochain séjour ou lors de votre passage en France.
Rédigé par : Rollinde Marguerite | 05 novembre 2008 à 21:08