Jeudi dernier, les premiers « frimats » de la mousson, si l’on peut dire, commençaient à faire leurs effet et donnaient un peu de fraicheur à l’air pondicherrien. Climat idéal pour assister à la réunion d’un groupe de femmes dans un petit village du Tamil Nadu, à 30 kilomètres à l’ouest de Pondicherry.
Ce groupe de 20 femmes est l'un de ceux que soutient BRWD (A Base for Women Rural Development) dans 67 villages autour de Pondicherry
Le socle théorique qui soutient cette initiative est construit depuis des dizaines d’années par Augustin Brutus. A force de réflexions, d’observations, d’interventions en Inde, en France et en Afrique, il a développé un modèle de développement global (holistique disent les initiés) au service des populations rurales. Comme beaucoup, il appréhende la microfinance comme l’un des outils mis à la disposition des plus pauvres, à inclure dans des problématiques plus globales de santé, d’éducation, de promotion de la femme, de valorisation des savoirs traditionnels… Cela semble une caractéristique partagée par beaucoup en Inde. Depuis que la NABARD a lancé un programme de promotion des groupes de femmes auto-organisées et simplifié l’accès à des financements bancaires ou publics pour les soutenir, une multitude d’associations de terrain se sont emparés de l’outil de la microfinance pour compléter leur action (cf mon post sur la préhistoire de la microfinance en Inde, en septembre).
Parfois, cela à conduit au pire (manque de professionnalisme, effet d’opportunisme…).
La BRWD de son côté, gère avec une grande prudence ses sources de financement et sa gouvernance, et privilégie une logique de qualité et d’impact sur la génération de gros volumes de crédits accordés. Elle s’attache systématiquement à traduire en « actions » les principes qu’elle a patiemment forgé ces dernières années. Cela se traduit sur le champs de la micro-finance par des livrets individuels remis aux emprunteurs, qui doivent leur permettre de suivre leur épargne (une centaine de roupies par mois) et leurs crédits. Cela se traduit aussi par une gouvernance assez rare de la BRWD, qui appartient à ses membres, c'est-à-dire aux femmes emprunteuses. Un autre exemple encore ? Beaucoup de programmes de micro crédit se concentrent sur les zones les plus « riches » des villages, qui détiennent le pouvoir dans les panchayat et sont les plus faciles à servir. Difficile pour un bailleur international d’évaluer ce type de positionnement. L’ONG décrit dans ses rapports d’activité les villages qu’elle dessert, qui ira s’occuper des populations réellement bénéficiaires ? Le village que nous visitions est traditionnellement décomposé en au moins 2 parties, géographiquement séparées : la zone des « dalits », un peu à l’écart, et la zone des « hautes castes », majoritaire dans le panchayat, qui dispose de maisons « en dur ». La BRWD intervient dans la première, en essayant de participer à la création de liens entre les deux parties du village, en valorisant les savoir faire locaux et en s’appuyant sur la créativité et le sens artistique naturel des membres du groupe. Le point d’entrée, c’est manifestement la culture. Et le principe fondamental, c’est que ces femmes « savent », qu’elles n’ont pas à être traités comme des gens à qui une ONG « apprendrait ».
D’un point de vue plus factuel, les prêts sont aujourd’hui quasi exclusivement dédié à l’éducation des enfants et d’un montant limité (environ 1000Rs), exclusivement distribués à partir de l’épargne des femmes. Le taux est raisonnable (12% par an), mais pose malgré tout la question de la capacité d’une famille à générer un revenu supplémentaire à partir d’un prêt qui n’aura d’effet économique visible que dans le long terme.
L’intention de la BRWD, c’est de se développer comme institution financière, en s’associant à des banques, et de commencer à soutenir des projets collectifs de petites entreprises dans les villages.
L’épargne des femmes est rémunéré à 5%, ce que je n’ai pas vu ailleurs.
Augustin Brutus, le fondateur et directeur de la BRWD, intervient régulièrement en France et en Afrique pour diffuser et confronter le modèle.
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