Un peu en avance sur le calendrier, je vous souhaite à tous une bonne année et un joyeux Noël ! Je pars pour quelques jours de congés au Kerala et au Tamil Nadu, et serais loin de tout poste informatique pendant 10 jours !
A mon retour, ce blog sera anglais, décoré, organisé, mais toujours focalisé sur l'entrepreneuriat innovant et social en Inde !
Ma dernière note dans le format actuel est dédiée à une entrepreneuse franco-indienne, technologique, qui vient de réunir autour de la table des investisseuses françaises et des "business angels" indiens. Une manière de faire passer le message qui me tient à coeur : il n'y a pas toujours besoin de technologie pour innover ; il n'y a pas non plus toujours besoin d'afficher des objectifs sociaux pour créer des ponts intéressants entre les gens !
Et une touche d'optimisme pour les relations entre la France et l'Inde en 2009 !
*******************
L'histoire d’Aruna Schwartz est extraordinaire, exemplaire de ce que pourraient être les relations franco-indiennes en matière de soutien financiers aux PME de pointe.
Aruna est la CEO de Stelae Technologies, une start up créée en France en 2002 autour d’un logiciel qui permet d'analyser et de structurer des documents numériques à partir de technologies XML. Pour les lecteurs non-technophiles, imaginez juste que n’importe quel document puisse être traduit en un langage unique et « décrit » par des mots clés organisés, et laissez vous porter par le nombre d’applications possibles (numérisation des journaux, traitement de bases de données..). Stelae travaille aujourd’hui pour des clients comme Lagardère Active Média, Lexis Nexis, Wolters Kluwer, Editions Lefebvre Sarrut..., mais son « moteur » peut bien évidemment être « branché » sur des applications de gestion de la relation client, de gestion des flux de documentation, des moteurs de recherche, entre autres.
Keralaise d’origine, Aruna a depuis le début un pied en France, un autre aux Etats-Unis et les deux mains en Inde, pour y développer un réseau de sous traitants, de revendeurs (par exemple avec la société SRIT) et de clients. Déjà assez peu ordinaire et audacieux pour une start up ! Comme le décrit l’un des nouveaux investisseurs, « C'est une toute petite multinationale (…) C'est une position un peu difficile ! »
Difficile, surement, mais qui commence à porter ses fruits et qui s’est traduit par l’entrée au capital de Stellae d’investisseurs individuels français puis indiens. Un tour de table franco-indien pour une petite entreprise technologique, c’est une première dans l’histoire de l’humanité, n’ayons pas peur des mots !
L’histoire que nous « vendent » les investisseurs individuels, plus communément appelés « business angels », c’est la « chaleur » d’hommes et de femmes qui apportent à de petites entreprises de l’argent, des réseaux, de l’expérience. Plus rapide, plus bienveillant, plus intuitif, plus précoce que la mécanique lourde et « froide » des fonds de capital-risque. Pour les rendre plus efficaces, ils sont souvent organisés en réseau, qui repèrent, présentent et organisent la relation entre ces investisseurs et les start up. Mon expérience française m’amène à modérer un peu le propos (les business angels ne sont pas toujours aussi chaud qu’on le croit et les fonds pas toujours aussi froid qu’ils en ont la réputation !).
Dans cette histoire, cela dit, c’est bien le partage de valeurs humaines qui supporte la valorisation d’actifs !
Les premiers investisseurs à croire au projet d’Aruna, dès 2004, ont été des investisseuses, membres du réseau français Femmes Business Angels, présidé par Béatrice Jauffrineau. 4 femmes sont alors rentré au capital avec (j’imagine !) une triple motivation d’excitation entrepreneuriale, d’envie de promouvoir des femmes chefs d’entreprise technologique et de de croyance dans la cohérence et la différenciation du projet. Stellae est aujourd’hui l’un des 33 projets soutenus par ce réseau. Parallèlement, elle s’est attirée le soutien de tout ce que la France compte de partenaires de l’innovation (Oseo, Capital IT…)
Quelques années plus tard, c’est India Angel Network, l’un des réseaux de business angels les plus en vu en Inde, qui annonce l’entrée au capital de plusieurs de ses membres, dont Ranjit Shastri, le directeur général de l’IVCA (l’association des capitaux-risqueurs indiens), pour une centaine de milliers de dollar.
Stellae est le premier exemple d’investissement européen pour ce réseau d’environ 80 membres finançant des projets technologiques, majoritairement dans l’univers de l’internet.
Dans un article publié par 01Net, Aruna Schwartz explicite les raisons qui peuvent expliquer l’intérêt des investisseurs indiens dans son produit : « Les entreprises indiennes de sous-traitance emploient 100 000 personnes pour faire à la main le travail que fait notre logiciel de façon beaucoup plus sûre et moins coûteuse. Les investisseurs d'Indian Angel Network voient bien l'intérêt d'utiliser notre solution pour prendre du chiffre d'affaires à leurs concurrents. » Surement plus intéressant comme démarche que la dénonciation vaine de l’outsourcing supprimant des emplois en France !
Ranjit Shastri poursuit dans ce même papier : Sur le long terme, Stelae croit, en tout cas, dur comme fer à son avenir. « Notre produit a commencé avec les journaux et les bases de données de textes de loi, mais la mine d'or, c'est la numérisation des factures, qui sont saisies huit fois en moyenne. Le potentiel est énorme ! » »
Bilan des courses : un software français qui rend moins compétitif l’outsourcing indien, financé par des femmes d’entreprises françaises et des investisseurs indiens.
Si on raisonne en termes de probabilité, en multipliant la chance d’avoir une femme chef d’entreprise en France (20%) par la chance d’avoir une PME française présente en France et en Inde (disons 5%), que des femmes business angels s’y intéressent (elles sont moins de 3% des investisseuses selon Femmes Business Angels) et que des investisseurs indiens les rejoignent dans le tour de table, cette histoire n’aurait pas du exister. Mais c’est toute la magie de l’aventure entrepreneuriale que de rendre réelle des choses qui ne devraient raisonnablement pas arriver ! Je demande le prix Nobel de l’entreprise de l’année pour Aruna !