En introduction à mon post "cinema" du jour, je ne résiste pas à la tentation de vous montrer deux photos prises hier soir dans les rues de Pondicherry par mon ami Srinath, chocolatier de son état, et qui a fait l'objet d'un post sur ce blog le mois dernier.
Le monde entier manque de liquidités, ici on en aurait plutôt trop, et l'économie, la vie pondichérienne est suspendue à la dépression qui s'est créé un peu au Sud. A rameshwaram, des vagues de 6 mètres ont causé des dégats importants sur la côte, à Chennnai, les serpents quittent leurs abris pour rejoindre les habitations ! A pondi, pour l'instant, ca se limite aux cafards et à des déplacements compliqués sinon impossibles et à quelques pannes de courant !
Suite et pas fin de mes posts cinématographiques. Comme chaque dimanche à 18 heures, j'ai assisté dans la salle de l'Alliance Française à un concentré de culture indienne sur grand écran. Les dimanches se suivent et ne se ressemblent pas. Hier, il faisait mouillé et quasiment froid sur la route !
J'ai en plus une raison supplémentaire de m'intéresser à cette programmation, après avoir rencontré le très dynamique nouveau directeur de cette Alliance, Michel Houdayer. Dans le fond, cette alliance a les moyens de devenir un lieu rare de rencontre entre initiatives culturelles, artistiques et économiques ; et sur la forme, ce blog est maintenant catalogué référence officielle de la programmation cinématographique (cf http://www.alliancefrancaisepondichery.com/liens.html).
Bref, hier, c'est une rivière bengale qui était à l'honneur, dans le beau premier film de Samir Chanda, Ek Nadir Galpo. Les relations entre les personnages, au début du film, sont déjà relativement inusuelles et donnent l'image d'une Inde qui avance : un père qui élève seul sa fille dans une zone rurale, qui croit au progrès et à la noblesse du service public, fusse t-il traduit par le courrier postal distribué à la population illétrée du district. Outlook s'était fait l'écho de ce phénomène nouveau en Inde de pères confrontés à l'éducation de leurs enfants, et la Poste indienne, comme en France, apparaît comme l'un des rares services à toucher le "last mile", le dernier kilomètre qui sépare les services modernes des habitants des zones les plus reculées.
Tout se passe bien, donc, dans ce village reculé du Bengale, la jeune fille est la première de son village à étudier au collège de la ville voisine. Elle y découvre le combat politique urbain, qu'elle regarde avec recul, préférant sensibliser ses compatriotes à l'éducation, la santé... plutôt que revendiquer en cortège devant le collège pour plus de moyens. C'est l'Inde de demain, celle où les enfants seront éduqués, sensibilisés, où l'Etat est un agent au service de ses administrés, non corrompu...
Mais tout s'écroule avec le décès de ladite jeune fille. Tout indique un meurtre précédé d'un viol, mais le père refuse cette interprétation. S'accrochant coute que coute à la thèse d'une mort par piqure de serpent, il laisse flotter le cadavre d'Arjuna sur la rivière du village, selon la tradition hindoue. Et plutôt que de porter plainte, il s'adresse au gouverneur du district pour donner à la rivière le nom de sa fille, Arjuna. L'espoir s'envole, une longue confrontation avec le gouvernement commence. Le père postier devient fou, passe ses journées au bord de l'eau à revivre l'enfance de sa fille disparue. Et le réalisateur esquisse subtilement quelques rapports de force politiques indiens : qui aura le droit de renommer la rivière ? la population musulmane acceptera-t-elle un nom hindoue ? comment convaincre les politiques ? s'attacher le soutien populaire ?... Un gouverneur de district professionnel et bienveillant, un inspecteur de police habile, et un père obstiné viendront à bout des obstacles et, dans une logique toute indienne, finiront par ne pas renommer officiellement la rivière mais par planter, ensemble, un panneau indiquant le nouveau nom.
Le site http://www.samirchanda.com/ regroupe un important ensemble d'informations et de photos sur ce réalisateur social, qui vient du monde de la peinture et du théâtre. Tale of a river, la version anglaise de Ek Nadir Galpo, "is a true visual symbolism of the painter and poet's soul of Samir Chanda".
Et, allez, une petite dernière pour la route !
N'oubliez pas une chose : je suis novice en cinéma indien et ce que j'écris n'est que le fruit de quelques recherches et impressions de spectateurs. Vrais amateurs éclairés, sentez vous libre de réagir et critiquer !
